À la découverte du monde... pédagogique :)

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Phnom Penh, une perle d'Asie du sud est? Attention, âmes sensibles s'abstenir.

Phnom Penh, une perle d'Asie du sud-Est? En effet la plus grande ville du bassin du Mékong était surnommée ainsi à l'époque coloniale du fait de ses pagodes et son palais royal.

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En remontant un peu plus dans le temps, Phnom Penh avait pour nom la capitale aux quatre bras pour la simple et bonne raison que deux fleuves se croisent à cet endroit, le Mékong et le Tonlé Sap. La visite de la capitale du Cambodge nous permettra de s'imprégner de l'histoire de ce peuple ; pour commencer, allons faire un tour dans la rue 350, au croisement de la 113.

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Pourquoi là me direz-vous? Et bien car il s'agit d'un lieu hautement historique, empreint d'une ambiance terrifiante, sans doute l'une des pires que l'humanité ait connue, qui plus est à l'école, ou plutôt dans un ancien lycée construit par les Français. En 1975, soit hier soir sur la frise du temps, cet établissement devint le théâtre d'une horreur sans nom qui durera 4 ans! Nous sommes alors dans la prison la plus terrifiante des Khmers Rouges, surnommée S21.

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Cependant, pour bien comprendre le contexte, il est primordial de reprendre brièvement l'historique récent car ce n'est pas encore dans les programmes d'histoire. Jusqu'au 19ème siècle, le Cambodge fait l'objet de convoitises et d'invasions de ses voisins, notamment de la part des vietnamiens qui réussissent petit à petit à conquérir le pays par une succession de meurtres. En 1841, ils annexent le pays ce qui a pour conséquence de faire violemment réagir les Thaïlandais. Il s'agit vulgairement d'un gâteau que tout le monde s'arrache et que le chef cuisinier a bien du mal à conserver entier. C'est alors que suite à la prise de Saïgon par les Français, une alliance est signée et un protectorat se met en place en 1863, marquant ainsi le début de la période coloniale. Malheureusement l'entente n'est pas limpide entre les deux pays et la France de Jules Ferry finit par prendre totalement en main le Cambodge par la force. Progressivement, sous les menaces Françaises, le Cambodge récupère de ses voisins ses provinces perdues, améliorant nettement les relations Franco-Cambodgiennes. Les constructions coloniales s'enchainent, routes, plantations d'hévéas, hôpitaux et écoles publiques voient le jour. Cela dure jusqu'à la seconde guerre mondiale pendant laquelle le nouveau roi proclame l'indépendance du pays. La France qui a déjà beaucoup de pain sur la planche avec le Vietnam ne fait pas de résistance active mais cède très lentement ses concessions. C'est donc progressivement que les différents "ministères" sont rétrocédés et il faudra finalement la pression américaine et une belle campagne politique contre les Vietminh pour qu'en 1954 le Cambodge soit enfin indépendant. Un gouvernement Khmer se met alors en place et se positionne neutre dans le conflit Américano-Vietnamien. La CIA n'apprécie pas et se vange alors en armant déraisonnablement le mouvement Khmer Serei, en 1965 la rupture Américano-Cambodgienne est totale et ce dernier sombre inexorablement dans une anarchie politique armée. Tout s'accélère le 18mars 1970 quand le parlement Cambodgien destitue Sihanouk, alors premier ministre. Ce dernier coincé à Pékin encourage son peuple à résister mais les milliers de révolutionnaires qui se rendent à Phnom Penh sont massacrés par les troupes de Lon Nol. Ce putsh fait l'objet d'une approbation immédiate des états-Unis qui envoient les fameux B-52 pour chasser les révolutionnaires, les bombardements seront terribles et la population pétrifiée se réfugiera à Phnom Penh qui comptera alors 2,5 millions d'habitants. Malheureusement, ce nouveau gouvernement va répandre terreur et corruption dans tout le pays, une guerre civile éclate. Le gouvernement archi-corrompu est battu sur tous les plans par les Khmers Rouges qui prennent le pouvoir sous l'approbation du peuple le 17avril 1975 et décrètent le "Kampuchea Democratique", également appelé Angkar.

À ce moment précis, personne n'a idée des intentions de ces révolutionnaires dont les leaders ne sont pas vraiment connus. En fait, trois hommes tués par la police de Sianouk sont présentés comme les dirigeants officiels du mouvement, or, les vrais leaders sont trois autres hommes et leur entourage : Nuon Chea, Son Sen et surtout Saloth Sâr, chef de l'armée puis 1er ministre dont le surnom vient de son idéologique "Politique Potentielle", Pol Pot !

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Les Khmers rouges continuent de fonctionner selon une logique du secret, ne révélant ni l'identité de leurs véritables dirigeants, ni même l'existence du Parti communiste du Kampuchéa. Personnes n'a lu les écrits terrifiants de Pol Pot, pas même la CIA, du coup ils ont même la confiance du peuple Khmer pour les avoir libérés de la corruption et la terreur.

C'est dans ce contexte qu'un événement improbable va se produire fin avril 1975. Sous prétexte d'un bombardement imminent de la part des américains, la capitale et ses 2,5 millions d'habitants est évacuée en 48h dans une désorganisation totale, à tel point que les handicapés sont sortis des hôpitaux et se retrouvent en fauteuil roulant sur la route. Une exode anarchique qui coûtera la vie à près de 400 000 Cambodgiens. Les Khmers Rouges profitent de cette désorganisation pour proclamer l'année 0 et tout reconstruire selon le modèle idéologique de Pol Pot à savoir : l'évacuation de toutes les villes, l'abolition de tous les marchés, la suppression de la monnaie du régime de Lon Nol et le retrait de la monnaie révolutionnaire tout juste créée par les Khmers rouges, la sécularisation de tous les moines bouddhistes et leur mise au travail dans les rizières, l'exécution de tous les dignitaires du régime de Lon Nol, la création dans tout le pays de coopératives avec repas communaux, l'expulsion de la minorité vietnamienne et l'envoi de troupes à la frontière orientale. Nuon Chea, principal orateur, souligne la nécessité de rendre les gens « purs », et de débusquer et tuer tous les « espions ». Commence alors une véritable déportation du peuple par ses pairs, les grandes villes sont évacuées et la population est triée en trois catégorie: les militaires (qui sont assassinés), les fonctionnaires et autres intellectuels (il suffit de porter des lunettes ou d'avoir les ongles coupés pour cela) sont envoyés dans des camps "spéciaux", enfin le reste appelé "peuple" est amené à rejoindre son village natal pour travailler la terre afin d'assurer l'autosuffisance du régime. De nombreux habitants civils se retrouvent du jour au lendemain dans les champs à devoir travailler la terre alors qu'ils n'en maîtrisent aucun rudiment ; peu ou pas nourris, c'est l'hécatombe, des milliers de Cambodgiens meurent de faim. Tout cela se passe dans l'ignorance mondiale qui est privée d'information. Le lycée-prison que je visite aujourd'hui est un des lieux dans lequel étaient acheminés les opposants, ou supposés opposants, au Kampuchea Democratique. En effet, il suffisait d'avoir les cheveux longs, les mains propres ou même de connaître une langue étrangère pour être exécuté sous des prétextes idéologiques à peine croyables :

"Il vaut mieux tuer un innocent que de laisser un ennemi vivant !"

Ou encore

"Un million de jeunes est suffisant pour construire le Kampuchea nouveau."

Comme il faut faire des économies et que les balles coutent chères, quand les habitants ne meurent pas de faim dans les champs, les exécutions se font à coups de marteau, pioche, branche de palmier, ou encore, accrochez-vous, en fracassant la tête des enfants et nouveaux nés sur des troncs d'arbre en les tenant par les pieds! Oui vous avez bien lu des ENFANTS et NOUVEAUX NEES! Voici le tronc sur lequel ils faisaient ces horreurs...

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Encore plus difficile, il est possible de trouver encore aujourd'hui des bouts d'os et des dents projetés autour de l'arbre qui ressortent de terre avec les pluies.

Il faut savoir que ces "cinglés", pardonnez mon jugement, arrêtaient tous leurs supposés suspects avec leur famille complète et exterminaient tout le monde, nouveaux nés compris, une fois que le "coupable" avouait sous une torture inhumaine. Parfois même les femmes étaient violées avant l'exécution.

Ce lycée servit spécialement de lieu de torture, ils pratiquaient des pendaisons par les pieds à ces anciennes potences de gymnastique, puis, quand sous l'effet de la pendaison tête en bas et des coups de fouet et de marteau le suspect perdait connaissance, ils relâchaient un peu la corde pour immerger la tête du malheureux dans une jarre remplit de produit malodorant et corrosif qui lui faisait immédiatement reprendre connaissance. De quoi reprendre l'interrogatoire de plus belle...

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Pas étonnant que nombre d'entre eux finirent par avouer les textes pré-écrits qu'on leur mettait sous les yeux et forçait à lire, parfois même de versions différentes d'un jour sur l'autre pour pouvoir les accuser de mensonges au cas où ils n'avouaient pas! Impossible de ne pas avoir le coeur serré, les yeux humides et parfois les poings fermés dans ce lieu volontairement préservé intact où sont restés là les lits électrifiés,

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les cellules ridiculement petites,

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les accessoires de tortures les plus atroces,

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les dossiers complets avec photo "avant-après" de tous les prisonniers,

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et le plus marquant... les traces de sang sur les murs.

Une autre chose choque particulièrement dans ce lieu, il s'agit de l'âge des gardiens et tortionnaires, des adolescents de 12 à 20 ans qui tenaient avec grands soins des dossiers administratifs précis de chaque détenu. Les Khmers rouges sont allés chercher les enfants peu voire non-instruits dans les campagnes, leur promettant une vie meilleure et un avenir sûr, bien plus faciles à endoctriner que des adultes responsables et matures, comme une sensation de déjà vu dans l'histoire... Ces enfants sont devenus des tortionnaires inhumains d'une barbarie extrême, n'ayant aucune pitié ou compassion. Pour imager, voici le règlement intérieur de ce lycée-prison S21 qui laisse littéralement sans voix!

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La lecture de ce règlement permet non seulement de s'imaginer l'absolue détermination de ces adolescents en quête de personnalité et de reconnaissance, mais aussi leur sens aigu de l'administratif, sur le schéma scolaire dont ils ne bénéficiaient pas ou peu en campagne.

Si un prisonnier venait à sortir de cette prison, ce n'était pas pour reprendre une vie normale mais pour être conduit aux "killing fields", comprendre des champs d'extermination, dans des camions dans lesquels on ne mettrait même pas de bétail! Ces fameux champs se trouvent à environ 15km au sud de Phnom Penh où les Khmers Rouges creusèrent environ 129 fausses communes et exterminèrent les "suspects" et leur famille.

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Des hauts parleurs crachaient des chants révolutionnaires toute la journée pour couvrir les cris qui auraient pu alerter les paysans voisins. Sur 129 fausses communes, seulement 90 ont été mises au jour actuellement renfermant environ 8900 squelettes, soit la moitié estimée sur ce site en seulement 3ans de barbarie!

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Un simple calcul vous permet de visualiser le chiffre malheureux de plus de 16 exterminations par jour sur ce seul site!

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Aujourd'hui un mémorial regroupe les ossements et guenilles des condamnés permettant de ne pas faire tomber dans l'oubli ce passage de l'histoire récente, très récente.

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Des ossements et vêtements sont également laissés intacts sur le site tel que trouvé par les scientifiques lors de la macabre découverte, ce qui marque encore plus le visiteur.

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IMG_2774 - Copy.JPGSur les crânes exposés dans le mémorial, nous pouvons apercevoir les marques de coup et les fractures qui laissent imaginer l'état dans lequel ils laissaient parfois agoniser leur victimes.

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En marchant sur ce site, et en écoutant l'audioguide très bien fait, nous sommes épris d'une sensation de malêtre profond qui vous saisit de l'intérieur et vous rappelle sans cesse que malgré une apparente mondialisation de nombreux modèles politiques non violents, l'extrémisme idéologique existe encore aujourd'hui dans presque tous les pays du monde et nécessite vigilance et sagesse de chacun pour ne jamais laisser ce genre de politiques potentielles voir de nouveau le jour au pouvoir, quelque soit le pays dans le monde.



21/03/2014
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